Vivre Avec
"On ne naît pas femme, mais on le devient !" (Simone
de Beauvoir)
Lors de ma naissance en 1974, ayant les pieds gonflés, le pédiatre qui était
aussi par chance , généticien, diagnostiqua un Syndrome de Turner et en informa
mes parents qui furent d'abord effrayés puis rassurés.
A l'âge de 12-13 ans, comme j'étais toujours très petite et pré pubère, j'ai
consulté un autre médecin qui me prescrivit de l'hormone de croissance
et des oestrogènes, puis de la progestérone quand j'eus mes règles. J'ai pris
de l'hormone de croissance pendant 2 ans, avec une plus grande efficacité la
première année. Je continue à bien supporter le substitut hormonal.
A 15 ans, j'ai porté un appareil dentaire car j'ai un palais "ogival" typique
du Syndrome de Turner.
On peut dire que tout cela s'est déroulé avec une relative facilité (sans trop
de séjours à l'hôpital, ni opérations) et que mes parents et moi-même avons
toujours eu de bons rapports avec le corps médical.
Voilà pour l'aspect physique. En revanche, l'aspect psychologique fut bien plus
compliqué et tourmenté. Ayant une soeur de 3 ans plus âgée et une cousine
du même âge que moi, des parents qui avaient tendance à me surprotéger, je ne
comprenais pas pourquoi je n'arrivais pas à les suivre, ni à accomplir les mêmes
performances scolaires, sportives et sociales qu'elles.
Dès l'âge de 3 ou 4 ans, je dus fréquenter une logopédiste et ce, jusqu'à l'âge
d'environ 8 ans. J'avais un problème de langage qui a certainement du affecter
le début, donc la phase la plus importante de ma scolarité.
J'était aussi beaucoup chahutée et critiquée en
classe. Je me réfugiais alors dans mon monde.
A 11 ans, j'échouai aux examens du collège. Mes
parent me mirent dans une école privée. Ce qui fut pour moi une grave déception. Mais malgré tout,
cette époque-là fut comme un embryon d'indépendance. Je ne rentrais plus chez
moi pour le repas de midi et je pouvais choisir mes vêtements toute seule.
A la fin du collège, j'avais un petit cercle d'amis et des notes tout à fait
acceptables, bien qu'un peu faibles en math.
Mais les problèmes se posèrent de façon plus aiguë, quand je décidai de passer
le bac. Je changeai d'école, ma moyenne chuta littéralement et il y avait aussi
beaucoup trop de maths, physique, algèbre pour moi.
C'est aussi à cette époque-là, que mes parents m'apprirent que j'avais le Syndrome
de Turner entraînant la stérilité. Je fus troublée : on mettait un mot sur tous
ces problèmes qui étaient en fait tous liés. Moi, qui me sentais physiquement
et mentalement diminuée, le "Syndrome de Turner" devint le "bouc émissaire"
de tous ces maux.
Je perdis totalement confiance en moi. Cette perte de confiance était encore
accentuée par le fait qu'à cette époque, je ne sortais pas, je n'avais pas de
copines et encore moins de petit copain (je me sentais moins bien par rapport
aux filles qui se vantaient d'en avoir).
Après un inévitable nouvel échec, mon espoir de faire des études de lettres
ou de sciences politiques anéanti, je m'enfermai chez moi à ruminer mes idées
noires.
Avec l'aide d'une psychanalyste, que j'ai visitée pendant 2 ans, j'ai pu trouver
une nouvelle voie, me souvenir que les voyages, côtoyer des cultures différentes
m'avaient toujours intéressée. Bref, je m'embarquai dans une école de tourisme,
formation qui m'a vraiment épanouie. Je fis également divers stages, dont un
dans une maison pour personnes âgées, qui m'a aidée à me sentir utile.
Diplôme de tourisme en poche (enfin!), je partis une année en Angleterre comme
jeune fille au pair, afin de perfectionner la langue. Cette expérience m'a vraiment
émancipée et a été pour moi une excellente transition vers l'indépendance, des
études au monde du travail. Aujourd'hui, en 2000, je travaille depuis plus d'une
année dans un tour-opérateur (agence de voyages) en poste fixe et m'assume complètement.
Aurélie.
Témoignage des
parents d'Aurélie
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